Le convoi a mis près de trois heures pour rejoindre le centre-ville de Tours depuis Joué-lès-Tours. Photo : Thomas Delaunay
À l’appel de la FNSEA 37 et des Jeunes agriculteurs d’Indre-et-Loire, des dizaines de tracteurs ont convergé vers le centre-ville de Tours, mercredi 27 novembre. Le rejet du texte sur l’accord avec le Mercosur à l’Assemblée nationale et les promesses de Michel Barnier, la veille, ne semblent pas apaiser la colère des agriculteurs.
Par Léo SEGURA
Ce matin, impossible de rater le défilé de tracteurs pour les usagers de la rocade entre l’hippodrome de Chambray-lès-Tours et Tours. Une opération escargot orchestrée par la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, mobilisés toute la journée avec une centaine d’agriculteurs et un convoi d’une trentaine de véhicules. Si de rares automobilistes s’agacent derrière leur volant, nombreux sont ceux qui klaxonnent pour exprimer leur solidarité. Mercredi 27 novembre, les exploitants souhaitent dénoncer les difficultés du monde agricole et protester contre la signature d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur.
Hier, les députés ont voté contre la ratification du traité. « Nous sommes fiers que le texte ait été rejeté et que les parlementaires aient compris notre mécontentement, se réjouit Gaby Barillet, producteur laitier à Sepmes. Mais à côté, il y a toutes les belles promesses suite aux manifestations de l’année dernière qui n’ont pas été respectées. » La veille, au 20h de TF1, le Premier ministre Michel Barnier a tenté d’apaiser les tensions et a réaffirmé ses engagements envers le monde agricole.
« Nos rendements sont plus faibles et nos charges explosent »
Des déclarations « vides » selon les syndicats agricoles du département. Ils réclament des mesures concrètes et rapides pour sortir de la détresse financière de nombreux exploitants. « Nous n’avons plus de trésorerie, s’inquiète Xavier Maupoint, président des Jeunes agriculteurs d’Indre-et-Loire. Donc l’urgence serait de baisser davantage nos taux d’emprunts mais surtout que l’Etat garantisse nos prêts. »
Autour de lui, les klaxons résonnent comme un cri de détresse. « Comment est-ce que nous allons maintenir une agriculture locale si on assassine les producteurs ? s’inquiète Franck Liénard, céréalier installé à Couziers, près de Chinon.
Je vois de plus en plus de terrains en friche, désertés par mes confères. » Les chiffres confirment cette disparition progressive : en 20 ans, le nombre d’agriculteurs a chuté de 40 % selon l’Insee. Une précarité qui s’explique aussi par des conditions climatiques de plus en plus hostiles. En Touraine, les agriculteurs ont grandement souffert des intempéries de ces trois dernières années. L’année 2024 est même la plus pluvieuse depuis 25 ans dans le département. « Les récoltes arrivent plus tardivement et sont de moins bonne qualité, déplore Xavier Maupoint, Des cultures censées être récoltées sèches sont devenues très humides. Nos rendements sont plus faibles et nos charges explosent. »

Après avoir recouvert l’entrée de la direction départementale des Territoires de fumier, les manifestants ont déchargé leurs tracteurs sur le parvis de la préfecture d’Indre-et-Loire. Photo : Thomas Delaunay
Pour manifester leur colère, les agriculteurs ont déversé du fumier devant la direction départementale des Territoires en début d’après-midi. De quoi empester toute l’avenue Grammont jusque dans la soirée. Une action spectaculaire dont l’objectif est d’« interpeller le plus possible, y compris les passants », explique Sébastien Prouteau, élu à la FNSEA 37. Les manifestants se sont ensuite rendus devant l’Hôtel de Ville, bloquant le trafic de tramways.
Pendant ce temps, les représentants syndicaux ont rencontré le nouveau préfet, Thomas Campeaux, à la préfecture d’Indre-et-Loire. Après plus d’une heure et demie de discussions, les syndicats n’obtiennent pas d’avancées notables. La FNSEA, syndicat dominant dans le département, se félicite néanmoins de la création d’un groupe sur la question du curage des fossés, sujet prioritaire pour le syndicat. Il demande un assouplissement administratif concernant leur entretien, devenu très contraignant en raison des fortes précipitations.
#Manifestation | Info trafic et sécurité 🚨 📢
— Préfet d'Indre-et-Loire (@Prefet37) November 26, 2024
Perturbations de trafic prévues demain : En raison d'une manifestation agricole, des perturbations sont attendues sur plusieurs axes principaux (en rouge sur la carte) entre 13h et 19h.
Durant cette manifestation pour assurer la… pic.twitter.com/iciBoLURDi
Des opérations de filtrage sont prévues jusque dans la nuit, à Parçay-Meslay. Les manifestants souhaitent bloquer les camions qui transportent des marchandises non françaises, symboles de leur protestation contre la concurrence jugée déloyale. Les syndicats n’excluent pas de poursuivre la mobilisation pour les prochaines semaines. « Nous ne lâcherons pas tant que nous n’obtiendrons pas assez de garantie de la part de l’Etat. La balle est dans leur camp », prévient Xavier Maupoint.