Photo Denis Maljean / EPJT. La Mission locale Sud-Touraine a accompagné 547 jeunes en insertion, en 2024.
Le groupe du projet « Les jeunes et l’écotourisme » se retrouve dans ses locaux de Beaulieu.
Depuis trois mois, huit jeunes de la Mission locale de Beaulieu-lès-Loches filment la Petite cité de caractère sous l’angle de l’écotourisme. Se présenter, rencontrer les acteurs locaux…
Le projet veut faciliter leur insertion professionnelle.
Allez ! On se concentre. Prenez un smartphone. Il faut que l’on refasse notre vidéo de présentation ». Dans une salle de réunion de la Mission locale de Beaulieu, nichée dans l’ancienne friche industrielle Aérazur transformé en Maison de l’emploi, Marina Fontaine, conseillère en insertion socio-professionnelle, remobilise les huit jeunes de l’équipe projet vidéo, pour leur dernière séance, le jeudi 20 mars 2025. Elle les suit depuis trois mois, tout en s’appuyant sur l’initiative de l’association Défismed de filmer leur territoire, sous l’angle de l’écotourisme.
Ils s’appellent Espoir, Daniel, Clara, Manassé, Messala, Lévy, Lou et Moïse, ils ont toutes et tous entre 17 et 25 ans et sont issus de la communauté lochoise des voyageurs. Ensemble, ils terminent leur contrat d’engagement jeunes.

Lou, Lévy, Messala, Moïse, Clara, Manassé, Daniel et Espoir.
Le premier tour de table est timide. Assis dans une configuration en U, peut-être un peu scolaire, leurs regards se croisent… Qui osera parler en premier ? « C’est pour cette raison que j’ai accepté ce projet vidéo, lâche Marina Fontaine. Ils ont dû aller à la rencontre des acteurs locaux de l’écotourisme, se présenter, leur poser des questions, se préparer. Le projet m’a autant servi dans leur accompagnement individuel que dans leur recherche d’emploi ».
Le prétexte de la vidéo
D’ailleurs certains, comme Clara et Daniel, ont déjà travaillé dans la restauration et ont le permis de conduire en poche ; d’autres, comme Messala et Lévy, ont validé le code de la route et préparent l’examen de conduite. « Le permis, ça change la vie ! », abonde Daniel. Manassé, quant à lui, a de l’expérience dans les espaces verts ; Lou, dans le ménage en hôtellerie. Lévy et Moïse s’interrogent encore. Espoir n’est pas majeure.
Durant plusieurs semaines, armée de smartphones, l’équipe a sillonné en vidéo les ruelles et les berges de la petite cité bellilocienne, répartie en trois groupes thématiques qui se déclinent par l’artisanat, le patrimoine et l’environnement.
Infographie Denis Maljean / EPJT
Lou se souvient des questions qu’elle a posé à Christian Caillet, bénévole du Moulin des mécaniciens : « depuis combien de temps existe ce moulin ? Combien de visiteurs accueille-t-il ? ». Bien que la jeune femme stationne dans la commune voisine de Perrusson, elle ne connaissait pas le site. « D’abord, on ne le voit pas depuis la rue, avoue-t-elle. C’est un endroit très beau ! ».
Lévy a rencontré Ombeline Bellot, agente du patrimoine, lors d’une ascension du grand clocher de l’église abbatiale de Beaulieu que Moïse a filmé, à 40 m d’altitude ! Malheureusement le ciel était couvert, les jeunes gens n’ont pu pleinement profiter de l’époustouflant panorama. « La pluie nous a souvent contraint à des décalages de tournages », confesse Marina Fontaine.
Daniel et Clara se sont déjà promenés dans le « joli » cadre des Viantaises, sans jamais oser y aborder, avant le projet, Maryvonne Genvrin, la présidente des Petits jardins de Beaulieu ; ni même prêter attention aux œuvres d’art du parcours Beaux lieux qui y sont en partie déployées, que leur a présentées Astrid Michaud, chargée de mission de l’association B2X.
« C’est l’influenceuse de la famille »
Visiblement, toutes et tous savaient tourner des vidéos avec leurs smartphones. « Espoir est très douée, c’est grâce à elle qu’on a avancé, admet Daniel. Sur son compte TikTok, elle présente sa maison (sa caravane), ses bouquets de fleurs, ses maquillages, ses décorations… C’est l’influenceuse de la famille ! », sourit le jeune homme qui compte lui-même plus de 4.000 abonnés sur le réseau social, où il raconte sa vie de voyageur.
Des formats courts qui ne nécessitent habituellement pas de montage vidéo. « Là, on travaille avec l’application CapCut sur nos portables », précise Manassé. Malgré la rapide formation de montage « en visio », délivrée par Défismed à l’initiative du projet, l’étape finale semble difficile à franchir ; et la conseillère en insertion craint la démotivation.
La fin de la séance de tournage de leurs portraits, en extérieur, sous le soleil printanier des Jardins de l’abbaye, est d’ailleurs perturbée par l’arrivée prématurée de la maman d’une des stagiaires. « Nous avons avancé la séance à ce matin car c’est l’anniversaire des 84 ans du grand-père, indique Marina Fontaine. Avec leurs liens de famille, c’est très important pour eux ».
Infographie Denis Maljean / EPJT
Comme une évidence, Daniel confirme que les voyageurs partent aussi en vacances. Lui a visité La Rochelle, l’été dernier, mais reconnaît ne pas avoir préalablement visionné de vidéo qui en faisait la promotion. La leur, sur la destination bellilocienne, est attendue pour un format de 10 à 15 minutes.
Ce reportage a été publié dans La Nouvelle République du 1er avril 2025.