Hébergement social à Rennes

Après l'appel à l'aide de la maire, les travailleurs sociaux témoignent

À Rennes, moins de 20 % des demandes sont satisfaites au 115. Photo : AFP

Rennes ne compte que 516 places d’hébergement d’urgence. Alors que le numéro d’urgence, le 115, est pris d’assaut, les travailleurs sociaux ont de plus en plus de mal à effectuer leur mission.

Par Susie Bouyer

Mardi 12 décembre 2023, la maire de Rennes, Nathalie Appéré, co-signe, avec ses homologues de Strasbourg, de Paris, de Lyon, de Bordeaux et de Grenoble, une lettre à Emmanuel Macron pour dénoncer un système d’hébergement « à bout de souffle » en France.

À Rennes, où l’on compte 1 SDF pour 100 habitants, l’hébergement d’urgence est pris d’assaut. Au moins 2 000 personnes sont à la rue, selon le recensement effectué lors de la Nuit de la solidarité en février dernier. Dans cette métropole qui compte 220 000 habitants, il n’y a que 516 places disponibles destinée à l’accueil d’urgence. « Nous n’avons jamais de places de libres. Tout est tout le temps occupé », regrette Jeanne, salariée à l’hébergement d’urgence rennais Adsao.

Ici, les personnes sont accueillies après avoir appelé le 115. Dans les faits, il est très difficile de joindre cette ligne téléphonique destinée à l’urgence sociale. « Il faut trente minutes d’attente en moyenne, quand la ligne n’est pas saturée, pour réussir à avoir quelqu’un », reconnait Sophie Randuineau, directrice du SIAO 35, en charge de l’hébergement d’urgence en Ile-et-Vilaine.

Dans ce centre, qui compte 24 places, les familles sont là depuis un an. Au début de l’hiver 2022, le département d’Ille- et-Vilaine a demandé́ à ce que les dispositifs d’urgence n’effectuent plus de « rotation » pour les familles comprenant au moins un mineur. Jusqu’ici, les durées d’accueil à l’Adsao étaient de sept jours pour les personnes seules et quinze pour les familles. 

La métropole de Rennes compte au 12 décembre 2023 516 places en structure d’hébergement d’urgence. Multimédia réalisé par Susie Bouyer/EPJT.

Aujourd’hui, ces dernières peuvent rester aussi longtemps que nécessaire pour trouver une solution pérenne. Cela permet de les stabiliser, explique Sophie Randuineau. Mais cela bloque l’arrivée de toute nouvelle personne en demande d’ hébergement d’urgence.

De nouvelles missions

« Sur le papier, nous sommes financés pour faire de la mise à l’abri d’urgence et orienter vers d’autres structures adaptées. Sauf que, dans la réalité, nous nous retrouvons à faire de l’accompagnement social de longue durée », déplore la directrice. Les 24 personnes hébergées dans ce centre y sont pour quelques mois voire années pour certaines.

Puisqu’il n’y a plus d’accueil, il a bien fallu donner de nouvelles missions aux salariées de l’Adsao. Notamment accompagner les personnes hébergées pour l’après. « Notre but n’est pas qu’elles restent à vie dans nos structures », rappelle Sophie Randuineau. Il est dès lors important de les aider à chercher un emploi, un logement, à accéder aux soins.

En octobre 2023, la ville de Rennes a intenté des recours contre l’État, aux côtés des cinq mêmes municipalités. « L’Etat doit assumer ses obligations et mettre à l’abri les personnes contraintes de dormir à la rue », réagissait Nathalie Appéré, maire de Rennes, sur X (anciennement Twitter), le 10 octobre 2023. Elle demande le remboursement des sommes dépensées afin de venir en aide aux sans-abris.